« Cette nomination souligne également les nombreux moments invisibles qui définissent l’enseignement de la musique, soit les répétitions, le plaidoyer constant, etc. » : Lynn Harper

février 20, 2026

Rencontrez la deuxième de nos finalistes du Prix MusiCounts du professeur de l’année 2026, Lynn Harper, de l’école secondaire régionale de Chateauguay Valley, à Ormstown, QC.

Le Prix MusiCounts du professeur de l’année, présenté par Anthem Entertainment, reconnaît et honore chaque année les professeurs de musique canadiens exceptionnels.

Écoutez les prix JUNO 2026 le dimanche 29 mars, date où le gagnant sera annoncé, et suivez-nous sur notre site Web et sur nos plateformes de médias sociaux @MusiCounts.

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À quoi ressemble le programme de musique offert à votre école? Quel a été l’impact de MusiCounts sur ces programmes?

Le programme de musique de l’école secondaire régionale de Chateauguay Valley se fonde sur l’accès, l’inclusion et la communauté. Il s’agit d’une école secondaire publique bilingue et rurale située à Ormstown, au Québec, et qui dessert environ 700 élèves provenant d’un vaste territoire. Elle se classe à 9 sur 10 sur l’échelle de pauvreté établie par le ministère de l’Éducation du Québec. Notre école est souvent la seule et la principale source d’enseignement musical et d’exposition culturelle pour bon nombre de nos élèves. L’éducation musicale à l’école secondaire régionale de Chateauguay Valley est intentionnellement vaste et accueillante. Les élèves interagissent avec la musique en suivant des cours obligatoires et facultatifs, des formations interdisciplinaires et en faisant partie d’ensembles parascolaires. MusiCounts a grandement transformé notre programme en éliminant les obstacles à la participation. Doté d’un budget annuel ministériel de seulement 600 $, notre programme dépendait fortement auparavant des instruments appartenant au spécialiste de musique, des dons communautaires et des collectes de fonds continues. Le financement de MusiCounts nous a permis d’acquérir les instruments et l’équipement nécessaires pour faire en sorte que les élèves sans moyens financiers puissent participer pleinement au programme. Ainsi, notre programme, qui dépendait auparavant de ressources privées, appartient dorénavant à tout le monde. L’effet est immédiat et durable. La participation des élèves a augmenté, de même que le nombre d’inscriptions, et j’ai pu élargir l’apprentissage au sein d’un ensemble et en classe. Les instruments sont maintenant utilisés tous les jours : pendant les cours, le dîner et la récréation, et après l’école, faisant de la salle de musique un centre dynamique de créativité et d’échanges. Et surtout, MusiCounts a montré à nos élèves que leur expression musicale comptait et qu’elle valait l’investissement.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être en nomination pour le Prix MusiCounts du professeur de l’année 2026?

Il est profondément touchant d’obtenir une nomination pour le Prix MusiCounts du professeur de l’année 2026. Je vois cette nomination non pas comme une reconnaissance individuelle, mais comme un reflet du travail collectif de mes élèves, de mes collègues en arts, de la direction scolaire et de la communauté. Elle affirme que l’éducation musicale est essentielle, non facultative, et que les programmes inclusifs centrés sur les étudiants peuvent exercer une profonde influence, surtout dans les communautés qui manquent de ressources. Cette nomination souligne également les nombreux moments invisibles qui définissent l’enseignement de la musique : les répétitions après l’école, les conversations calmes avec les élèves qui trouvent un sentiment d’appartenance grâce à la musique et le plaidoyer constant qui est nécessaire pour assurer une visibilité et une valorisation constantes des arts dans l’éducation publique. Cette nomination témoigne de l’engagement nécessaire à long terme pour créer des programmes durables où les élèves se sentent en sécurité, mis au défi et soutenus. En tant qu’artiste, j’accepte la bonne main d’applaudissements à la fin d’une prestation. Comme chef d’orchestre, cependant, je me tiens debout le dos tourné au public, baguette à la main, vêtu de noir, et je m’écarte à la fin pour que le public puisse voir et célébrer les élèves. Ce n’est pas mon spectacle. C’est le leur. Cette nomination a sensiblement le même effet. Elle ne concerne pas que moi; elle met aussi en valeur les élèves, leur évolution, leur courage et leurs voix. Trente-huit ans d’éducation représentent un grand nombre de jeunes, et c’est leur musique, leurs expériences et leur avenir que cet honneur reflète vraiment. Le fait d’être en nomination pour ce prix renforce ma détermination à continuer de plaider en faveur d’un accès équitable à une éducation musicale de qualité. Cela renforce ma conviction que, lorsque nous investissons dans les arts, nous investissons dans le bien-être, l’identité et la résilience communautaire des élèves.

Est-ce qu’un enseignant de musique ou un mentor vous a inspiré?

Plusieurs personnes importantes ont façonné mon parcours en tant que musicienne et éducatrice : mes professeurs de chant universitaires, Deborah Kraus et Jan Simons, ma conseillère universitaire, Joan Russell, et ma mère mélomane, Yvette Harper. Cependant, deux personnes se démarquent comme profondément influentes : ma professeure de musique du secondaire, Janice Gray, et mon père, Alex Harper. Mme Gray était et demeure une force à ne pas sous-estimer. Elle était sans équivoque une professeure créative, spontanée et profondément authentique. Son énergie et sa passion pour tout ce qui concerne la musique étaient enivrantes, et je voulais être exactement comme elle. Elle a vu des possibilités où d’autres auraient pu voir des obstacles, et elle m’a mis au défi d’élargir mes capacités en musique d’une manière que je n’avais pas encore crue possible. L’influence de mon père provenait d’horizons très différents. Il n’était ni porté vers la musique ni en faveur de ma candidature à un programme musical au début. Mon père était un leader du monde des affaires, un penseur créatif et quelqu’un qui valorisait la logique, la préparation et la responsabilité. Une fois que je me suis engagé dans la musique, mon père s’est engagé envers moi. Il assistait à un concert après l’autre, peu importe son état de fatigue ou de stress après le travail. Habituellement, ma mère assistait à des concerts avec lui, ce qui signifiait que s’il cognait des clous (après une journée particulièrement intense au travail), elle pouvait le pousser doucement pour qu’il se réveille. Une fois, cependant, il est venu seul. Ma chorale interprétait le Requiem de Brahms à l’Université McGill. Juste au moment où la soprano se tenait prête à commencer son solo, un ronflement distinct a résonné dans la salle. Le chanteur qui se trouvait à côté de moi a jeté un coup d’œil au public, et a chuchoté : « Quel était ce bruit? » J’ai répondu calmement : « C’est mon père. » Il a peut-être trouvé la musique reposante, mais surtout, il était là. Entre la créativité intrépide de Mme Gray et la présence tranquille et inébranlable de mon père, j’ai appris ce qui permettait véritablement d’assurer la survie de l’éducation musicale. La musique a le pouvoir de changer des vies, mais c’est la croyance, la préparation et le simple fait de se présenter, encore et encore, qui permettent à ce pouvoir de s’ancrer et de durer.

Qu’attendez-vous de faire avec impatience aux prix JUNO 2026 à Hamilton?

J’ai très hâte de célébrer la musique canadienne et l’éducation musicale sur une scène nationale. La participation aux prix JUNO 2026 à Hamilton représente une occasion d’interagir avec d’autres éducateurs, artistes et défenseurs qui croient tous au fait que la musique a le pouvoir de façonner l’identité, la communauté et l’appartenance. Je suis impatiente d’écouter et de découvrir cette inspiration et de la transmettre à mes élèves et à mes collègues. Faire l’expérience des prix JUNO dans la perspective de l’éducation musicale renforce le fait que le travail des élèves dans le cadre des programmes scolaires est lié au paysage musical canadien dans son ensemble. Chaque année, je fais délibérément l’effort d’intégrer du contenu canadien dans notre répertoire de spectacles et dans mes unités d’appréciation musicale. Ironiquement, mes élèves de 10e année viennent de se joindre à une unité de musique canadienne qui met particulièrement l’accent sur les prix JUNO. Assister en personne aux prix JUNO me permettra de donner vie à ces leçons d’une manière immédiate, authentique et profondément enrichissante. Cette présence envoie le message puissant, surtout aux élèves d’une communauté rurale et économiquement défavorisée, que l’apprentissage de la musique est important, que leur créativité a de la valeur et que leur avenir dans les arts vaut la peine d’être imaginé. Je rêvais d’assister à cet événement. Maintenant que ce rêve passe de l’imagination à la réalité, ce sera un immense privilège de le faire à dans la perspective de l’éducation musicale. Et oui, je l’admets avec plaisir. Joni Mitchell. Inutile d’en rajouter.

* Cette entrevue a été modifiée à des fins de précision.